Eric Fouilleul, qu’est-ce qui vous a conduit à faire ce geste de donneur de moelle osseuse ?
Je me suis inscrit avec autant de simplicité que de ramasser un papier par terre pour le mettre à la poubelle. Un acte de civisme. Je ne connaissais aucun receveur ou personne en attente de recevoir avant mon inscription et mon don. C’est le cas de la plupart des donneurs. Un acte naturel, donc évident. Un acte banal que l’on veut rendre exceptionnel, et qui, à cause de ça, fait peur à certains qui croient que cela leur est inaccessible.
Ce qui est formidable, et exceptionnel, ce sont les vies sauvées. C’est tout ! Mais par contre l’acte de donner est simple, facile et ne nécessite peu, voire aucun courage. Au pire, une péridurale.
En tant que donneur, comment perceviez-vous alors le besoin des demandeurs ?
Je n’avais qu’une simple conscience de leurs besoins, mais aucune conscience de leur attente, de leur peur, de leur espoir... Croyez-moi, le jour où vous en rencontrez un et même plusieurs en même temps lors d’une conférence, que vous voyez le regard qu’ils portent sur vous et les mots qu’ils vous adressent, vous prenez la dimension de votre acte à leurs yeux. Je dis bien à leurs yeux. Je le répète, l’espoir, l’espoir de vivre avant tout et l’espoir d’un avenir ensuite.
Ces demandeurs m’ont fait comprendre que leur chance de vivre dépendait d’un donneur. Pour ceux qui avaient reçu, en me voyant, ils pouvaient mettre une image sur leur donneur potentiel. Je ne pensais pas que l’on pouvait regarder avec autant d’amour et de bonheur un inconnu. Je suis ressorti de cette conférence complètement secoué et ému. J’étais totalement en dehors de cela avant.
Comme je le disais, je faisais un acte simplement civique à mes yeux. Point. Ce qui n’est pas si mal que ça finalement et j’insiste, ces derniers mots viennent soutenir ce que je vous ai répondu dans la précédente question.
Et s’il fallait recommencer pour sauver une vie ?
Si je devais avoir le droit de recommencer, je le ferai sans hésitation. Car en tant que donneur anonyme, nous ne donnons notre moelle osseuse qu’une seule fois. J’en profite pour bien préciser à vos lecteurs que nous parlons de moelle osseuse en non de moelle épinière. Ce qui est rassurant par contre, c’est que je pourrais toujours la donner et autant de fois que je le veux aux membres de ma famille.
Pour finir sur le don, le message est simple : en France, environ 1 450 personnes meurent chaque année faute de donneurs de moelle osseuse. Toutes ces personnes ont au minimum un donneur potentiel. Elles sont décédées car ces donneurs potentiels ne sont pas inscrits sur la liste (3). Ne pas culpabiliser, prendre cette information comme un état des lieux.
Les femmes représentent les 2/3 des donneurs, comme d’habitude. Nous manquons donc de femmes, mais principalement d’hommes et de toutes origines.
(1). Marie-Christine Palombit, artiste-peintre, auteur des « Paysages organiques ».
(2). TF1 le lundi 14 septembre. Pour voir le reportage, allez sur le lien : http://videos.tf1.fr/jt-13h/don-de-...
Il reste accessible pendant six mois après sa diffusion.
(3). Il suffit de s’inscrire sur http://www.dondemoelleosseuse.fr
Sachant que nous ne pouvons plus nous inscrire au-delà de 50 ans.

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