Un marché récent
et important
Les lingettes sont des textiles « non tissés », dont la cohésion interne des fibres est assurée par des méthodes mécaniques, physiques et/ou chimiques. Elles sont apparues sur notre marché à la fin des années 90 sous la forme des lingettes pour les soins des bébés, suivies des lingettes démaquillantes. Les lingettes « multi-usages » sont quant à elles apparues vers 2000.
Leur usage s’est depuis très diversifié et on en trouve aujourd’hui quasiment pour tout : démaquillage, soin visage, hygiène intime, déodorantes / rafraîchissantes, protection solaire, animaux, entretien des sols, des surfaces des sanitaires et de la cuisine, des micro-ondes, des voitures, des vitres, des écrans d’ordinateur ou lunettes, des bijoux, de l’argenterie et des bronzes, des meubles, des chaussures, etc. Sans parler de l’usage industriel (décontamination, lingettes absorbantes pour les eaux, les encres, les solvants d’imprimerie...).
Ces lingettes sont toujours à usage unique et imprégnées des substances correspondant à leur usage spécifique. Leur apparition sur le marché correspond à certains besoins de notre société actuelle, qui voit les consommateurs souvent privilégier des produits pratiques, toujours prêts à l’emploi et pour un effort minimum. Ces consommateurs étant semble-t-il prêts à payer plus cher pour cette praticité, les fabricants ont multiplié l’offre avec des produits sur lesquels ils ont en général des marges élevées. Avec à la clé un marché qui a explosé : selon TNS Secodip, 56 % des foyers français étaient en 2004 utilisateurs de ce produit quasi absent en 1998. Le marché français est d’ailleurs le plus important d’Europe, car les Françaises sont « plus nombreuses à travailler que les Européennes du Sud et plus soucieuses de la propreté de la maison que celles du Nord ».
Et l’écologie dans tout ça ?
Très rapidement cependant, des critiques se sont élevées contre ces lingettes, qualifiées de « chères, polluantes et inutiles ». Comme l’a écrit une rédactrice sur un site web consacré à l’écologie : « ce produit, jetable par excellence, nettoie tout. Sauf la nature. »
Chères ? Des calculs ont montré par exemple, concernant le nettoyage du sol, que l’on dépensait 15 fois plus pour le nettoyage du sol. Plus précisément, une étude de l’Observatoire Bruxellois de la Consommation Durable, a mené un comparatif entre le nettoyage traditionnel (éponges / serpillières) et celui réalisé à l’aide de lingettes sur une année et sur une surface de 100 m² : le nettoyage traditionnel utiliserait 12,5 l de détergent et 1820 l d’eau pour un coût de 35€, alors que le nettoyage avec lingettes utiliserait 1530 lingettes pour un coût de 550 €.
Selon cette même étude, un foyer qui utiliserait intensément des lingettes pour toute la maison du sol au plafond et pour l’hygiène et le soin corporel, produirait un surplus de 58 kg de déchets par an, déchets quasiment non recyclables, comme s’en est émue l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie : « si elles sont en partie biodégradables, les lingettes ne sont, dans la réalité, pas biodégradées. Comme on les jette à la poubelle, elles terminent dans une décharge ou doivent être incinérées, sans passer par les filières de recyclage ».
Mais les fabricants, au travers de l’Association française des industries de la détergence, de l’entretien et des produits d’hygiène industrielle (Afise), a objecté qu’un ménage n’abandonne jamais serpillière et gant de toilette pour le tout-lingettes et que selon leurs statistiques, un foyer utilisateur ne jetterait en moyenne que sept lingettes par semaine, ce qui ne représenterait « que 0,05 % des ordures ménagères »
Une enquête commandée en 2004 par l’Afise a donné des conclusions partagées : « Aucun des produits ne peut être qualifié de meilleur pour l’environnement sur tous les indicateurs ». Si la lingette produit trois fois plus de déchets ménagers que le spray et six fois plus que les liquides, elle gaspille cependant trois fois moins d’eau que ses concurrents.
Le problème serait cependant ailleurs. D’une part dans le fait que certaines des fibres utilisées dans ces non-tissés sont synthétiques, et d’autre part dans la présence de substances chimiques très variées, même si a priori dans une lingette visage devant respecter la réglementation cosmétique, on trouvera les mêmes ingrédients que l’équivalent en flacon.
Les lingettes cosmétiques, un « plus » ?
Concernant le soin cosmétique au sens strict, après les lingettes démaquillantes, on en a vu apparaître des « anti-âge », « anti-acné », de protection solaire, autobronzantes, etc.
Outre les raisons générales évoquées plus haut pour l’apparition des lingettes, cela correspond également à l’apparition des produits de beauté « nomades » (avec aussi les monodoses, sprays compacts et autres miniatures) que l’on emporte dans son sac, pour celles et ceux qui passent sans transition du bureau à une salle de sport ou à une sortie entre amis.
Si on écarte la question de l’écologie, les lingettes nettoyantes/démaquillantes peuvent éventuellement se justifier : dans la pratique elles sont très proches de ce que les femmes font, en mettant leur produit nettoyant sur un coton. Bien qu’à notre sens un nettoyage direct avec le lait appliqué avec les doigts est au moins aussi performant.
Pour les lingettes « anti-âge », les performances d’une lingette ne peuvent en théorie pas atteindre celle d’une crème, émulsion riche et souvent dense qui ne s’accommode pas de la forme lingette. Idem pour les solaires, qui doivent impérativement être nourrissants, donc riches en lipides. Et quant aux « anti-acné », on retombe dans l’erreur de croire qu’un produit riche en alcool (cas de ces lingettes comme des autres « nettoyants » pour peaux grasses connus par des publicités télévisées) peut traiter efficacement l’acné. Attention à « l’effet rebond » !
Les lingettes du marché bio
Devant les critiques faites sur les aspects non-écologiques, certains fabricants avaient réagi, en mettant sur le marché dès 2004-2005 des lingettes pour bébé biodégradables. Elles sont dans ce cas par exemple en viscose (fibre naturelle issue de la pulpe du bois) ou en coton.
Reste aussi le choix de la lingette lavable, découpée dans du tissu… pour laquelle il faudra consommer de l’eau. A vous de voir.
On notera par contre que la quasi-totalité des fabricants de lingettes « bio » ont tous fait le choix de la lingette en coton bio, donc biodégradable, mais aussi de rester sur le créneau des produits nettoyants, soit pour bébé, soit démaquillants (la composition de ce qui les imprègne est d’ailleurs quasi identique à leurs produits « classiques »). Des usages pour lesquels un « tissu » peut se justifier, comme dit plus haut. Car pour ces fabricants de soins naturels, il va de soi que rien ne saurait remplacer une crème, un lait ou un baume à la formulation idéale pour pénétrer la peau, sans oublier le geste du massage lors de leur application, qui participe aussi au soin.
Michel Knittel
