Si tous les oligo-éléments sont des minéraux, l’inverse n’est pas vrai. S’ils sont tous également impliqués dans de nombreuses fonctions de notre corps (système nerveux, muscles, métabolisme des tissus, cycle de l’énergie, etc.) la quantité nécessaire et présente dans notre corps n’est pas la même.
Les éléments dont la quantité totale dans notre corps représente au moins 0,01% de notre poids corporel sont les minéraux au sens strict ou macro-éléments. En font partie le calcium, le magnésium, le phosphore, le potassium et le sodium. Les autres, en quantité inférieure, ne représentant chacun que 0.001% de notre poids sont les oligo-éléments. On distingue ceux dont le risque de carence est démontré : chrome, cuivre, fer, iode, molybdène, sélénium, zinc, et ceux dont le risque de carence est faible ou non prouvé : étain, manganèse, nickel, silicium et vanadium.
Nos besoins quotidiens sont en proportion : 3 à 5 g pour le sodium, 1 à 2 g pour le potassium, 0,8 à 1 g pour le calcium et le phosphore, 300 à 400 mg pour le magnésium… mais seulement 50 à 200 mg pour le chrome, 2 à 5 mg pour le cuivre, 10 à 20 mg pour le fer, 15 mg pour le zinc, etc. A des doses plus élevées que celles-ci, les oligo-éléments peuvent être toxiques pour l’organisme.

Les minéraux sont à la mode
De tous temps, les minéraux ont fait partie de la composition des produits cosmétiques, même les plus anciens : craie (carbonate de calcium), pigments pour le maquillage (fer, chrome), perles broyées (calcium), masques à l’argile, etc. Nombre d’entre eux étaient cependant toxiques, comme le blanc de céruse (contenant du plomb).
Les minéraux et oligo-éléments ont bien entendu continué à être utilisés quand la cosmétique est devenue une véritable science, avec une connaissance de plus en plus pointue du fonctionnement de nos cellules.
Mais force est de constater que les minéraux sont à la mode. Comme le « naturel » est de nos jours une source d’inspiration tant pour le marketing que pour la recherche, O n voit de plus en plus des cosmétiques non seulement formulés à partir de sels minéraux ou d’oligo-éléments isolés, mais aussi à partir d’éléments « natifs ».
Les précurseurs ont été les marques à base d’eau thermales ou de source, « riches en oligo-éléments ». Il est certain qu’une bonne et pure eau de source sera meilleure pour la peau qu’une eau quelconque, sans bénéfice particulier. Mentionnons aussi les marques pionnières à base de sels de la Mer Morte, d’eau de mer ou d’algues, végétaux naturellement très riches en minéraux et oligo-éléments et ayant de nombreuses vertus.
Plus étonnant est l’apparition de l’or dans des produits de beauté, bien entendu « haut de gamme ». Sont mises en avant les propriétés antioxydantes de ce métal précieux. A notre sens, si celles-ci sont avérées, il existe certainement d’autres actifs naturels tout aussi efficaces en la matière, voire plus... Nul doute qu’il s’agisse avant tout d’une différenciation marketing pour un positionnement « luxe » des produits concernés.
De plus en plus nombreux aussi sont les marques utilisant des minéraux à l’état naturel, présentés comme de la « lithothérapie » pour la peau. Citons la malachite (carbonate riche en cuivre), l’hématite (fer), l’opale (silice), le lapis lazuli (soufre, silice, sodium), le jade (sodium et fer), l’améthyste (silice), etc. Une façon sans nul doute intéressante d’utiliser des minéraux les moins transformés possibles. Mais il conviendrait de vérifier si les minéraux sous forme cristalline dans ces roches sont aussi biodisponibles que quand ils sont à l’état pur.
On notera ainsi une marque de cosmétique « conventionnelle » qui s’est justement inspirée d’une roche volcanique, une obsidienne, pour en tirer ses vertus pour la peau, mais en en reconstituant plus prosaïquement le mélange naturel de minéraux, en l’occurrence de la silice, du sodium, du fer et du potassium.
Mentionnons aussi, dans ce chapitre, la marque italienne qui a lancé une gamme à partir de minéraux (micaschiste) récoltés dans le fameux glacier où fut trouvée (certes dans un état de « jeunesse » étonnante) la momie de cet homme mort il y a 5.000 ans, baptisé Ötzi par les chercheurs. Le marketing emprunte parfois des chemins étonnants…
Les bienfaits reconnus
Le fait que les oligo-éléments soient des nutriments essentiels pour la peau est illustré par le NMF (Natural Moisturizing Factors ou facteurs naturels d’hydratation), actifs naturellement synthétisés par la peau pour lier l’eau et parmi lesquels on trouve, outre des acides aminés, de l’urée, des sucres, 12 % d’oligo-éléments. Un cocktail que l’on peut utilement intégrer dans une formulation.
De nombreuses études ont montré les bienfaits spécifiques des minéraux et oligo-éléments. Le cuivre est ainsi utile pour la synthèse des fibres de collagène, de la kératine et de l’élastine et participe aux défenses anti-radicalaires. Le magnésium participe à l’hydratation, de même que le potassium et le sodium. Le manganèse agit sur le métabolisme des glucides et des lipides, participant également à la lutte anti-radicalaire par action parallèle à la superoxyde dismutase.
Le sélénium est lui connu pour son action anti-radicalaire, alors que le zinc l’est pour sa capacité à réguler la production de sébum et pour son rôle dans la réparation de l’ADN. Le fer joue quant à lui un rôle important dans la respiration cellulaire et participe aussi à la synthèse du collagène. La silice est également un des éléments de la synthèse de collagène.
Sans le moindre doute, tous ces nutriments sont donc des ingrédients de choix en cosmétique.
Les minéraux autorisés
par les labels
Ce rôle important des minéraux, et leur origine bien entendu naturelle, fait que tous les cahiers des charges de cosmétique bio et naturelle les autorisent.
Si le cahier des charges Ecocert donne une liste précise de certains minéraux utilisables spécifiquement comme additifs ou analogues, « tous les minéraux non listés » sont implicitement permis dans la mesure où ils sont en conformité avec les « principes de base » de la charte, à savoir qu’ils sont utilisés pour leurs « qualités intrinsèques », que leur extraction ne génère aucune pollution ou dégradation du paysage, et qu’ils répondent par ailleurs aux critères de pureté exigés.
Même son de cloche au BDIH, où, concernant les « matières premières minérales », le « recours à des sels inorganiques (ex. sulfate de magnésium) et à des matières premières minérales (ex. chlorure de sodium) est en principe autorisé ».
Enfin, même dans les cahiers des charges les plus exigeants, on retrouve la même approche. Pour Nature & Progrès, « ne sont autorisées que les matières minérales dont l’extraction n’engendre pas de pollution ni de dégradation du paysage. A charge pour l’adhérent de demander à son fournisseur les attestations requises ». Et pour Demeter, qui les inclut dans les « ingrédients d’origine non agricole », sont autorisés « en principe » comme « ingrédients d’origine minérale » : sels, argiles, pierres, pierres précieuses.
Les minéraux et oligo-éléments sont ainsi une véritable mine de bienfaits, reconnus. A vous de choisir les marques sérieuses qui jouent la transparence et la carte de l’efficacité réelle, avec des dosages adaptés qui justifient les allégations faites.
Michel Knittel

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