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Les nouveaux labels de cosmétique bio (2eme partie) 

26 juillet 2010 - Numéro 100 | Par : Michel Knittel | Mot clés : Cosmetique naturelle
Dans le précédent numéro de Votre Diététique, nous avons rappelé comment les labels et certifications de cosmétique naturelle sont une nécessité évidente. Nous avons aussi rappelé le principe des certifications, depuis les cahiers des charges jusqu’au label au sens strict, en passant par l’organisme certificateur, procédure qui n’est pas toujours très claire sous la plume ou dans la bouche de nombreuses personnes. Dans cette seconde partie, nous arrivons à la présentation des nouvelles certifications à vocation internationale.

La certification Cosmos

Dès les premiers travaux en vue de la création du cahier des charges français de cosmétique naturelle et biologique, fin 2000, l’idée avait été lancée d’arriver à terme à un référentiel européen « commun ». Harmoniser sans… dénaturer l’esprit en nivelant par le bas est néanmoins un exercice difficile.
C’est ainsi que quatre associations (BDIH allemand, Bioforum belge, Cosmébio français et Soil Association britannique) ainsi que deux organismes certificateurs (Ecocert français et ICEA italien) se sont retroussés les manches pour arriver à un référentiel commun, qui vient d’être publié. La nouveauté principale, par rapport au référentiel Cosmébio, c’est que l’eau (qui pouvait augmenter « artificiellement » le pourcentage de bio via des ingrédients essentiellement aqueux) ne sera plus prise en compte dans le calcul, ce qui va dans le sens de la clarification. Disparaît aussi le niveau « éco » qui ne comportait que 5 % d’ingrédients bio sur le total. Les 10 % minimums de bio qui étaient exigés pour le niveau « bio » vont passer à terme à 20 % (mais 10 % pour « les produits rincés, lotions et poudres »). Autre nouveauté essentielle, le fait que des « agro-ingrédients chimiquement transformés » qui n’étaient pas certifiables jusqu’à maintenant, le deviendront dès lors que la matière première agricole de départ « est bio et le procédé (de transformation) non polluant et autorisé ». C’est la reconnaissance, inévitable, que la cosmétique reste de la chimie, fut-elle « verte ». Pour l’instant, il n’existe pas encore de logo officiel pour la certification Cosmos.

La certification NaTrue

Comme dit plus haut, trouver un consensus n’est pas évident… et les travaux de Cosmos ont duré un certain temps. Ceci a amené plusieurs fabricants, essentiellement allemands (et non des moindres, avec parmi eux
Dr. Hauschka, Lavera, Logona ou encore Weleda) a formé un groupe séparé, avec une approche technique différente. Contrairement à Cosmos qui a « supprimé » les deux niveaux de certification « éco » et « bio » que l’on avait avec Cosmébio, ici on arrive au niveau unique « cosmétiques naturels certifiés » du BDIH (qui n’imposait aucune obligation en matière de pourcentage de bio) à trois niveaux.
Le niveau « une étoile » correspond à des « cosmétiques naturels » sans minimum imposé d’ingrédients bio (ou en tout cas en quantité inférieure aux autres niveaux) alors que les « deux » et « trois étoiles » correspondent à des minimums respectifs de 70 et 95 % d’ingrédients certifiables « bio ». Cela est donc aussi une évolution positive.
Mais on peut également justifier les différents niveaux par le fait que selon les produits et leur formulation sur le plan technique et cosmétologique, il est difficile de comparer un produit qui sera au « top » de sa qualité avec des ingrédients uniquement transformés (par de la « chimie verte ») mais qui ne peuvent plus être « bio », avec un autre produit pour lequel il est « techniquement possible » d’intégrer du bio à un degré élevé : « un savon par exemple ne peut pas répondre aux mêmes critères qu’un shampooing ou une crème », et « compte tenu de l’état actuel des connaissances scientifiques, tous les produits cosmétiques ne peuvent pas atteindre le niveau de qualité à deux étoiles, notamment les produits contenant des agents tensioactifs », comme le souligne justement NaTrue.
Les différences d’approche entre NaTrue et Cosmos concernent surtout l’acceptation de plus ou moins de « chimie verte »… Mais sur le fond, à savoir fabriquer des produits cosmétiques sains et écologiques, ils se rejoignent bien évidemment.

La certification Oasis

Le marché américain de la cosmétique naturelle n’est pas négligeable. S’il n’en représente que 15 %, contre 25 % pour l’Europe et… 50 % pour l’Asie, c’est cependant le plus grand marché dans un seul pays. Sa croissance est à peu près identique à celle du marché européen, de l’ordre de 15 % par an. Rien d’étonnant donc à ce que ses fabricants, qu’ils soient issus ou non du monde du « bio », s’y intéressent.
Au mois de mars 2008 fut publié un communiqué annonçant ainsi la naissance du « premier standard bio américain pour l’industrie de la beauté et du soin », nommé Oasis (Organic And Sustainable Industry Standards). Parmi les fondateurs, des marques « naturelles » comme Perfect Organics et Juice Beauty, mais aussi L’Oréal et Estee Lauder. Se vantant de mettre le niveau minimum de bio requis à « 85 % contre 10 % seulement à Ecocert », Oasis annonçait alors vouloir jouer un « rôle actif dans le développement d’un standard industriel au niveau international (mondial) ».
Nul doute que nous verrons sur le marché français des produits arborant le logo Oasis… Mais peu de temps après l’annonce de la naissance d’Oasis, l’Association américaine des Consommateurs Bio (Organic Consumers Association) lançait une pétition contre (je cite) la « fraude Oasis » (« bogus » en anglais), d’une part parce qu’il existe déjà un autre standard plus ancien (les normes USDA) et d’autre part parce qu’ils dénoncent l’autorisation par Oasis de l’utilisation d’ingrédients « chimiques »…
Et une plainte a même été déposée par certains fabricants bio… A suivre donc.

Les « francs-tireurs »

On ne pourra cependant pas éviter qu’il reste sur le marché des « francs-tireurs », qui pour des raisons qui leur sont propres (commerciales, techniques ou « philosophiques ») ne se joignent pas à ce jour aux démarches communes. Ainsi la certification Nature & Progrès : dès 2005, lors d’une table ronde organisée dans le cadre du salon professionnel Natexpo, ses représentants avaient annoncé qu’ils ne s’associeraient pas à un cahier des charges commun. Il est vrai que leur référentiel place très haut la barre des exigences en matière de bio, ce qui réduit par contre le choix d’ingrédients disponibles pour formuler les produits.
Autre exemple de démarche isolée, celle de la société allemande Annemarie Börlind, qui sur la base du très ancien cahier des charges allemand Neuform, a développé un référentiel privé, qu’elle fait contrôler par EcoControl, un organisme certificateur allemand qui certifie entre autres certaines marques BDIH. Annemarie Börlind a entre autres intégré dans ce cahier des charges l’efficacité des produits, point qui ne figure pas il est vrai dans les autres référentiels. En outre la marque a choisi d’utiliser certains ingrédients issus de « chimie verte » qu’elle estime indispensables, mais qui ne sont pas reconnus par les autres « labels ».

Quand le Colipa s’en mêle…

Cosmos et NaTrue sont nés afin de clarifier la situation complexe de la floraison de certifications multiples et nationales, souvent peu ou pas connues hors de leur frontière d’origine.
On voit que malheureusement cette « clarification » n’est pas aussi facile qu’on pouvait le penser. Et ce d’autant moins que le Colipa (Comité de Liaison Européen de l’Industrie de la PArfumerie), qui est l’association européenne de l’industrie cosmétique (le membre français étant la FEBEA, pour « Fédération des Entreprises de la Beauté ») a récemment annoncé vouloir également mettre en place un standard international pour les cosmétiques biologiques, en s’inspirant notamment des normes américaines USDA.
Nous n’avons pas fini de voir fleurir des logos différents sur nos produits préférés…

Michel Knittel

Les filtres solaires au quotidien : utiles ou non ?

On a beaucoup parlé des filtres solaires ces derniers temps. Si je comprends qu’une bonne protection solaire est indispensable en cas d’exposition intense au soleil, qu’en est-il des crèmes de jour qu’on utilise au quotidien ? Faut-il impérativement choisir une crème visage avec un filtre anti-UV ? Question de Sylvie, 35 Rennes

La question mérite effectivement d’être posée. Bien souvent, on trouve dans les crèmes de jour pour le visage un ingrédient présenté comme « filtre anti-UV », en général un filtre minéral du type dioxyde de titane ou oxyde de zinc. Ces ingrédients sont aussi « intéressants » pour formuler une crème car ils servent également de colorant blanc (on préfère en général des crèmes bien blanches et bien claires, ce qui donne une impression de « pureté », plutôt qu’une crème jaunâtre, qui semble pour beaucoup être « impure »). On met aussi parfois en avant, lorsque du beurre de karité (par ailleurs hydratant) est présent, les relatives propriétés anti-UV de celui-ci, effectivement apportées par la présence de karitène, un composant appartenant à la fraction « insaponifiable » de ce corps gras.
Néanmoins, la protection anti-UV de ces crèmes de jour ainsi atteinte est équivalent au maximum à un indice 4 ou 5. C’est-à-dire que cela correspond au mieux à une protection allant de 1 à 2 ou 3 heures au maximum. Or en général on se met la crème de jour le matin avant de commencer sa journée, et on n’en remet plus ensuite. Cette protection est donc dans la pratique largement insuffisante.

Certains fabricants mettent en avant qu’en usage quotidien et répété, ce filtre anti-UV - car anti-lumière - est même inutile, car nous avons besoin d’un minimum de lumière pour stimuler certaines fonctions vitales, comme la synthèse de vitamine D. La lumière ne devient effectivement dangereuse qu’en cas d’excès (via par exemple la production de radicaux libres induits par les UV).

Comme vous l’avez-vous même souligné, un filtre anti-UV n’est donc absolument indispensable qu’en cas d’exposition intense au soleil, ponctuelle, mais doit dans ce cas atteindre des valeurs « efficaces », qui ne sont obtenues qu’avec des produits solaires, et donc des indices de minimum 10 à 15, et le cas échéant le renouvellement de l’application du produit protecteur.

Qui est notre rédacteur « cosmétique naturelle » ?

Après vingt ans d’expérience dans le domaine des produits naturels et de bien-être (compléments alimentaires, puis cosmétiques), Michel Knittel est à présent consultant indépendant avec, entre autres, le but d’aider des entreprises, notamment étrangères, à s’implanter sur le marché français. Grand défenseur du naturel, l’esprit curieux et méfiant de nature, il ne laisse rien au hasard lorsqu’il traite d’un sujet relevant de ses compétences.

Votre diététique : Michel Knittel quels sont les facteurs qui vous ont conduit à vous tourner vers les secteurs de l’hygiène de vie ?

Michel Knittel :
"Je suis issu d’une famille de quatre générations de médecins. Entre autres, mes parents étaient, et mon frère est toujours, « médecins de campagne ». J’ai grandi dans une ambiance où le premier « remède » était l’écoute".

Votre diététique : Qu’est-ce qui vous a incité à défendre les valeurs du naturel ?

Michel Knittel :
"Alsacien et fier de l’être, je suis né, ai grandi et vit dans une région où patrimoine et traditions sont des valeurs importantes. L’Alsace est la région où « l’écologie militante » est née, avec notamment en 1972 le combat contre la centrale nucléaire de Fessenheim (perdu mais qui a évité l’implantation d’autres centrales le long du Rhin !) et celui de Marckolsheim contre une usine chimique très polluante, gagné en 1975, et dont j’ai été un des modestes acteurs."

Votre diététique : Venons-en à la cosmétique. Où en est-elle à présent ?

Michel Knittel :
"J’estime que techniquement, la cosmétique « bio » est devenue mature. Elle sait faire des produits agréables et surtout efficaces. Mais il reste malheureusement beaucoup de produits qui tout en étant « bio » ont oublié d’être « cosmétiques » (parfum, texture, efficacité). Et il faut que les consommateurs sachent qu’un « vrai » produit cosmétique restera toujours de la chimie, fut-elle « verte »… et, que parfois, on a même besoin d’ingrédients dits « synthétiques », qui ne sont pas tous des « poisons ». Une certaine presse joue malheureusement aussi un grand rôle dans la désinformation parfois constatée. Sans parler des blogs et autres forums dont les contenus sont quelquefois douteux et dont les auteurs anonymes « s’autoproclament » spécialistes. Rumeurs et contre-vérités scientifiques continuent à sévir, et c’est dommage car cela donne à certains des arguments permettant de dévaloriser la cosmétique bio, qui mérite mieux que cela.

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