Acheter une « maison de maçon »…
L’écologie et le souci de la préservation de notre planète et de ses ressources est une tendance forte dont nous ne pouvons que nous réjouir. Employer, par exemple, des matières premières naturelles renouvelables ou des énergies non polluantes sont des alternatives de plus en plus accessibles.Demain, vous pourrez donc acheter une voiture électrique digne de ce nom chez votre boulanger ou bien faire construire une maison en paille et en bois par votre coiffeur… Non, bien sûr, vous irez acheter votre voiture, fusse-t-elle électrique, chez un concessionnaire automobile, et vous ferez construire votre maison écolo par un entrepreneur assisté par un architecte.
Quel est le rapport avec la cosmétique bio ? Bien plus proche que vous ne le pensez…
Tout le monde se souvient de cette publicité pour des « maisons de maçon », ce qui faisait sourire certains qui ajoutaient qu’ils allaient du coup acheter du « pain de boulanger » ou du « vin de vigneron »… Mais, à y bien réfléchir et plus particulièrement dans la grande distribution et à « bas prix », tous les pains du marché ne sont pas de « vrais » pains faits par un boulanger, et tous les vins ne sont pas de « vrais » vins de qualité, élevés « amoureusement » par un vigneron passionné.
Le marché de la cosmétique naturelle et bio : des militants aux « people »
Selon une étude publiée par le cabinet franco-allemand Ecozept, le marché de la cosmétique naturelle certifiée se répartissait en 2006 de la façon suivante : magasins bio 51 %, pharmacies/parapharmacies 20 %, VPC 15 %, instituts 10 % et « autres » 4 %. Et pour 2008 : magasins bio 34 %, pharmacies/parapharmacies 28 %, VPC 17 %, instituts 18 % et « autres » 3 %. On notera l’absence des parfumeries dans ces chiffres, mais à y regarder de près, on y trouve très peu de marques « réellement » certifiées (Cosmébio, Nature & Progrès, BDIH…).La baisse de la part de marché des magasins bio illustre bien que de leur rôle de pionnier en la matière, ils sont passés à un rôle d’un acteur « parmi d’autres ».
L’intérêt grandissant du public a fait qu’effectivement un nombre important de nouveaux acteurs est apparu : nouveaux consommateurs, nouveaux points de vente et bien sûr nouveaux fabricants.
Le fait que nous soyons dans une société très médiatisée et malheureusement très « peopelisée » (qu’on nous pardonne ce néologisme) où les célébrités semblent être des « références » n’est pas sans conséquence sur l’apparition de nouvelles marques de cosmétique bio.
L’exemple le plus connu est celui de la styliste Stella McCartney, la fille d’un des Beatles, qui lança fin 2006 sa marque « bio » et « haut de gamme » (50 à 70 €), à grand renfort de communiqués de presse. Mais ce n’est pas un cas isolé : le printemps 2010 a vu le lancement d’une marque non certifiée mais « avec des ingrédients bio » par le tennisman Yannick Noah, avec le partenariat d’un grand groupe cosmétique français. Des produits de soin du corps très bon marché (4 à 8 € pour… 800 ml !) vendus en grandes surfaces et magasins Monoprix.
Au même moment, le mannequin brésilien Gisele Bündchen, qui « collaborait » déjà avec une marque de chaussures, annonçait le lancement de sa ligne de « cosmétiques bio, aux ingrédients 100 % naturels et aux emballages biodégradables (…) exempte de tous parabens, de produits pétrochimiques, synthétiques ou génétiquement modifiés »… mais sauf erreur sans aucune certification, ligne vendue pour l’instant sur le web à des prix entre 56 et 70 $.
Par ce biais, Gisele Bündchen, certes désignée en 2009 comme « ambassadrice de bonne volonté auprès des Nations Unies pour l’environnement de notre planète », imitait ainsi sa collègue Miranda Kerr, également mannequin pour une marque de lingerie mondialement connue, et qui avait déjà lancé en septembre dernier sa propre marque « bio » en Australie.
Marques et circuits s’adaptent à la demande
Dans la pratique, on constate que la cosmétique bio envahit de façon parfois paradoxale le paysage commercial.Sans parler des marques devenues « sans parabens » (entre autres…) on notera d’abord, ce qui reste logique, « l’arrivée en bio » de marques issues des circuits « traditionnels » et qui restent à priori dans leurs points de vente habituels (parfumerie, coiffeur, grande distribution, etc.) : Saint-Algue, Jean-Claude Biguine, Nuxe, Ushuaia de L’Oréal, Origins, etc. sans oublier « bien sûr » Yves Rocher, avec ses boutiques exclusives.
Une autre stratégie consiste à racheter ou à prendre des participations dans une marque « pionnière » : L’Oréal avec Sanoflore, Clarins avec Kibio, Yves Rocher avec Terre d’Oc, L’Occitane avec Melvita…
Plus frappant et inévitable, à l’instar de ce qui s’est passé en alimentaire, l’apparition en grandes surfaces de marques distributeurs (alias MDD), tant chez Auchan, que chez Carrefour, Monoprix ou Casino, le tout bien sûr à des prix « imbattables ».
Les chaînes de parfumerie n’ont pas manqué de créer un… (petit) corner « nature » et pour certaines, leur propre marque, comme Sephora et Marionnaud.
On notera cependant que Sephora a visiblement « jeté l’éponge » rapidement, préférant se concentrer sur des marques « exotiques » en exclusivité. Mais certaines chaînes, comme Nocibé, disent ne pas vouloir se lancer sur les « MDD bio » car, comme l’a dit un responsable dans une interview « les marques jouent le rôle de repère dans un univers où foisonnent les offres ».
De nouveaux acteurs non cosmétiques
Ne sont pas en reste pour créer des lignes « bio » les marques qui ont leurs propres boutiques exclusives, dont l’activité principale n’avait au départ que peu de choses à voir avec la beauté, mais qui se basent sur leur image de vendeurs de produits « traditionnels » ou « liés à la nature » comme Olivier & Co, Résonances ou Nature & Découvertes.Mais là où cela devient plus étonnant, c’est l’arrivée que l’on pourra qualifier « d’opportuniste » (sans jugement de valeur, uniquement dans le sens commercial du terme !) de marques qui n’étaient jusqu’à ce jour pas vraiment liées à la cosmétique et à la nature.
C’est notamment le cas du monde de la mode, avec d’une part la chaîne de magasins Ekyog, certes née comme « première enseigne de mode biologique » (une trentaine de magasins en France) et surtout le « géant » suédois H&M (120 magasins en France)…
Mais il y a plus surprenant encore, comme avec les « mampreneurs », mot inventé pour désigner une nouvelle catégorie socioprofessionnelle, les « mamans entrepreneurs ». De plus en plus nombreuses en France, elles profitent de leur congé maternité, de l’explosion du commerce en ligne et du statut d’autoentrepreneur pour créer leur société. Elles vendent souvent des vêtements pour bébé, des objets de décoration et « bien sûr » des cosmétiques bio !
On pourra aussi citer l’arrivée de la cosmétique bio dans les jardineries.
Notre but n’est nullement de juger des qualités des marques concernées, dont une grande majorité est hors de toute critique. Mais où s’arrêtera cette arrivée de la cosmétique par le biais du bio dans des circuits où elle n’était jamais avant ? Que se passe-t-il pour que, parce qu’elle est bio, la cosmétique soit vendue dans des réseaux où elle était inexistante « avant » ? On peut se poser ces questions !
Nous l’avons souvent dit : dans l’expression « cosmétique bio » il ne faut pas oublier le mot « cosmétique »… et que la qualité « cosmétique » (efficacité, texture, parfum…) n’est nullement « normalisée » par les différents labels et référentiels. A l’instar de la cosmétique « traditionnelle », il y a de la bonne et de la mauvaise cosmétique bio. Mais cela il faut être capable de pouvoir l’expliquer, et c’est le rôle du « prescripteur ».
A notre sens, il existe trois circuits qui sont « légitimes » pour vendre de la cosmétique bio : Le circuit du « conseil de beauté », c’est-à-dire les parfumeries et les instituts.
Le circuit du « conseil médicalisé », à savoir la pharmacie voire la parapharmacie, encore que leur vocation serait plutôt, en toute logique, la dermocosmétique.
Enfin et bien sûr le circuit « historique » du magasin de produits naturels et bio, dont beaucoup ont de surcroît « investi » en embauchant une esthéticienne, voire en ouvrant un espace de soins.
Ce n’est pas parce que la cosmétique est « bio » qu’elle n’en est pas moins un produit « technique », qui nécessite un professionnalisme encadré. C’est pour cela que nous continuerons à préférer acheter du « pain de boulanger », une « voiture de garagiste » et de la « cosmétique de professionnel de la beauté et de la santé ».
Michel Knittel
Bébés et protection solaire
Je n’achète que des produits solaires bio. Est-ce que je peux les mettre sur la peau de mon bébé de 6 mois, qui m’accompagne sur la plage, à pied, en poussette ou en voiture, où il est exposé aussi au soleil ? Question de Sophie, 83 OllioulesRéponse franche et directe, en toute cordialité : on n’expose pas un bébé au soleil et on évite de lui mettre tout produit « cosmétique » (même naturel) qui va rester plusieurs heures sur sa peau. La peau d’un bébé est extrêmement fine et fragile, et le système de défense de son organisme n’est pas fonctionnel avant plusieurs années. On estime ainsi que ce n’est pas avant l’âge de 8 ou 9 ans que la peau est vraiment arrivée à maturité et est capable d’exercer totalement ses fonctions de « manteau protecteur ». Un produit solaire, même certifié « naturel », contient par définition des ingrédients qui, dès lors qu’ils sont efficaces, ne sont jamais totalement innocents, fussent-ils 100 % Bio. Le principe de précaution veut donc qu’il vaut mieux éviter toute « exposition » à une formulation, par définition complexe, d’un produit cosmétique élaboré. Privilégiez pour les produits qui vont rester sur la peau de votre petit bout de choux des formules de la plus grande simplicité (huile, beurre de karité pur, baume constitué de simples huiles naturelles épaissies à la cire d’abeille, etc.). Pour un nettoyant cela est moins « grave » car ledit nettoyant sera ensuite rincé. Mais encore une fois il est inutile de l’exposer à des actifs trop nombreux contre lesquels il n’est pas apte, le cas échéant, à se défendre. Donc, pour protéger bébé du soleil, la règle est simple : chapeau, T-shirt à manches longues en tissu léger et respirant, ombrelle (intégrée souvent à la poussette), lunettes de soleil garanties anti-UV. Il est exposé au soleil en voiture ? Installez un store (quelques euros en magasin spécialisé automobile) ou accrochez une serviette à la fenêtre. Pour en savoir plus pour les produits à choisir pour vos enfants, une lecture à conseiller : Les meilleurs produits de soin pour bébés et jeunes enfants de Laurence Wittner et Hélène Le Héno, Editions Leduc. S, vendu au prix raisonnable de 5,90 euros pour 155 pages.